Cinquante photos de pays en guerre sont visibles à la médiathèque. Images de la vie quotidienne, ces tirages argentiques en noir et blanc de Christian Arnaise, photographe professionnel, sont aussi faciles d’accès qu’un livre : on peut s’asseoir à côté, les prendre en main, s’en approprier le contenu…
Chaque cliché révèle une histoire particulière.
Un unijambiste vivant dans une cabane à flanc de montagne pour fabriquer son fromage; un vieil homme fuyant sa ville faisant fi du tank au milieu du carrefour; des orphelins de Ceaușescu errant sur les routes, la rage au ventre et la folie dans les yeux; des homosexuels, fleurs à la boutonnière, souriant à l’espoir amoureux; ou encore, un père et ses fils se recueillant sur une tombe.
Pour photographier toutes ces scènes, Christian Arnaise, après la chute de l’Union Soviétique, a franchi les frontières, traversé les provinces du Caucase, longé la Mer Noire. Dans les années 90, il est allé à la rencontre des habitants de ces ex républiques.
Pendant cette période, ces États désunis reprennent leur indépendances, les pouvoirs s’affrontent dans de longs conflits armés. Arnaise a donc dans le viseur des lieux et des temps où la diplomatie échoue,où la guerre déclenche la barbarie. Les populations sombrent dans les offenses mortifères des va-t-en guerre. Les immeubles, les corps et les âmes sont minés, mais le photographe capte l’humanité, qui, en éternel Phœnix, renaît de ses cendres.
En Géorgie, en Tchétchénie ou au Kosovo, Christian Arnaise décèle les félicités où on ne les attend pas. Il nous montre que si le fusil est à portée de main, le violon et l'accordéon ne sont jamais très loin. Car selon lui, de tous les désastres, il faut survivre, il faut vivre. L’art de la joie se cultive entre souffrance et espérance, au milieu des apories de la guerre.
Depuis qu’il arpente les terrains de ces échiquiers désenchantés, l’artiste traque ce à quoi est dédiée l’humanité.
Si cette question vous hante aussi, vous pouvez venir écouter et discuter les réponses apportées par Christian Arnaise jeudi 17 avril à 20h30 à la médiathèque de Cancon.